1 seconde par jour

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J’ai commencé très peu de temps avant le COVID à prendre des vidéos tous les jours, pour me rappeler de tous les moments chouettes que je vivais. Puis on a été confinés, et l’exercice s’est transformé pour devenir un effort documentaire d’un enfermement joyeux. J’ai beaucoup aimé le premier confinement, j’y trouvais le réconfort du chez-soi, de l’affection domestique, d’épanouissement dans le calme et du recentrage sur soi (pour quelqu’un qui souffre du FOMO, c’était nouveau). J’ai continué à faire mes vidéos, comme une obligation quotidienne, à mesure que le covid s’installait et avec lui le chômage partiel, les fermetures et restrictions dans tous les lieux dans lesquels s’exerçaient ma sociabilité, tous les espaces où je m’épanouissais, théâtre, musées, bars, etc. J’ai commencé à déprimer sévère, à me détester, à angoisser pour sortir ou pour parler à des gens, et c’était pourtant pire quand je restais seule chez moi. 

On est beaucoup à l’avoir très mal vécu, mais j’ai le sentiment qu’on était chacun-e dans nos bulles, avec aucune vision claire de ce que c’était pour les autres. J’ai beaucoup culpabilisé de cet enthousiasme qui m’avait animé quelques mois plus tôt.   Pendant tout ce temps j’ai continué à faire mes petites vidéos quotidiennes avec l’impression que je me raccrochais au positif.  J’ai pas réfléchi à faire quelque chose d’artistique, j’avais pas d’intention ou de perspective, mais j’ai continué à faire ces vidéos à mesure que je m’enfonçais dans les coins les plus darkos de mon esprit. Quand je le regarde maintenant, j’ai l’impression de constater la dégradation de mon quotidien, devenu une succession de répétitions ordinaires. 

Et au bout d’un moment, on sort du tunnel. Et comme on sort d’un long sommeil, j’ai commencé à revivre et à oublier de faire ces vidéos. Et c’est comme ça que j’ai arrêté de relater tout ce qui me paraissait vivant dans ce que je traversais : parce que je le suis redevenue. 

Je voulais partager ça, l’intime et la difficulté de vivre avec l’angoisse, la tentative de se raccrocher aux branches dans cette période. Parce que partager la vulnérabilité ça nous rapproche, parce qu’on vit toustes des moments de fragilité. Mais qu’on en sort plus fort-e-s. Pour me rappeler aussi que maintenant, c’est derrière moi. Et qu’il y avait du beau, parfois, malgré tout. 

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