Lors de son année de terminale, Louane a commencé à s’intéresser aux garçons. Pas tous les garçons, à vrai dire. Séb. Seb était à peu près comme tous les garçons de son âge : grandi trop vite, il portait des pantalons trop courts qui laissaient voir ses chaussettes de sport. Il n’osait pas parler aux filles quand il était seul. Il était toujours dans les premiers à aller demander du rab à la cantine. Il écoutait 113 et Outkast sur son baladeur qu’il avait eu à Noël. Il cachait ses mauvaises notes à ses parents et faisait occasionnellement le mur pour aller boire des Desperados dans le garage d’un de ses copains. Louane aimait son côté insolent en cours. Son regard gentil quand sa bande de garçons croisait sa bande de filles. Elle n’était pas la plus jolie du groupe. Les cheveux plats avec des mèches décolorées. Elle avait de l’acné systématiquement après chaque soirée avec ses copines, pendant ses règles, ou quand elle mangeait trop de chocolat. Elle portait des pantalons taille basse et des sweats larges. Elle mettait beaucoup de mascara et du crayon noir sous ses yeux. Elle aimait principalement parler au téléphone avec ses copines pendant des heures, sortir le samedi après-midi dans le centre ville de Boulogne pour regarder les nouveautés chez Pimkie et s’acheter des gâteaux trop sucrés, et lire des romans à l’eau de rose que sa mère empruntait à la bibliothèque.
Louane avait envie que Seb devienne son petit ami mais ne savait pas comment s’y prendre. Elle s’asseyait de façon à pouvoir le regarder à la dérobée. De temps en temps elle se retournait et croisait son regard, fixé sur elle. Elle n’osait pas montrer qu’il lui plaisait. Elle rougissait et se retournait chaque fois que dans leurs yeux se lisaient la confusion et l’attente. Ils s’étaient retrouvés seuls tous les deux à deux occasions. Louane s’était rendu compte qu’en plus d’être stylé, il était quand même plus gentil que la moyenne des garçons.
A la sortie d’un cours d’histoire, Louane voulait poser une question sur les épreuves anticipées du bac au prof. Elle voulait savoir si c’était possible exceptionnellement de garder quelques notes parce que les dates sont difficiles à toutes retenir. Le prof lui a répondu que le bac n’était pas fait pour être facile. En sortant, ses copines avaient disparu, probablement parties aux toilettes pour se remaquiller. Seb était dans le couloir, attendant ses amis devant la salle de mathématiques. Elle l’avait regardé dans les yeux, cette fois sans sourciller, et lui avait esquissé un sourire timide. Seb avait entamé la conversation en lui demandant si ça allait. Elle lui avait répondu que ce bâtard de prof d’histoire se rendait pas compte de l’effort que c’était de retenir toutes ces dates. Seb avait acquiescé et lui avait dit je suis sûr que tu t’en sortiras très bien. Elle avait baissé la tête et s’était plongée dans la contemplation de ses pieds pour ne pas qu’il voie son visage s’empourprer. Puis son amie Marion l’avait appelé depuis l’entrée des toilettes. Elle s’était retournée et avait fait un petit signe à Séb avec la main. Séb lui avait souri.
En cours de sport ils faisaient de l’athlétisme. Un jour en faisant du saut en longueur, Seb s’était tordu le pied. Il avait très mal et il avait envie de pleurer. Mais il y avait tous ses copains et aussi Stéphanie, la fille la plus jolie de la classe qui le regardait. S’il voulait avoir une chance avec elle il fallait pas qu’il se mette à pleurer comme un bouffon. La prof de sport lui avait demandé de se relever, mais en voyant la grimace qu’il faisait lui avait dit d’aller à l’infirmerie. Elle avait désigné Louane pour l’accompagner parce qu’elle ne faisait rien. Elle avait prétexté d’avoir mal au ventre pour ne pas faire de sport. Sur le chemin vers l’infirmerie, elle ne lançait pas la conversation. Gêné du silence, Seb avait voulu dire quelque chose mais sa tête était vide. Elle avait fini par briser le silence en lui demandant s’il avait très mal. Il avait répondu « ouais quand même. En plus j’ai match de foot dans 2 semaines. » Elle lui avait demandé à quel poste il jouait. S’il faisait souvent des matchs.
Finalement la conversation s’était enchainée naturellement. Elle lui avait proposé de l’attendre. Il avait dit ouais ok. En attendant dans la salle d’attente de l’infirmerie elle avait lu un magazine. Il y avait des BDS dans le magazine, dont une sur l’importance des contraceptifs. Elle avait eu honte de lire ça et elle avait reposé le magazine. En sortant de l’infirmerie Seb avait une attelle. Il avait dit trop la loose je dois voir un médecin mais elle a dit peut-être que je devrais la garder 3 semaines. C’est mort pour le match. Elle avait répondu en essayant de montrer sa compassion, désolée pour toi. Il avait dit ben, c’est comme ça. Ils s’étaient regardés dans les yeux et Louane s’était dit que peut-être qu’il allait l’embrasser. En fait pas du tout, ils étaient retournés en cours et plusieurs jours s’étaient écoulés sans qu’ils ne se croisent ou ne se parlent.
Les parents de Seb étaient gérants d’un restaurant dans le centre ville. Ils travaillaient beaucoup et n’avaient pas souvent des jours de congé. Ils espèraient que Seb fasse des études pour ne pas s’épuiser comme eux au boulot. Quand il revenait du lycée il devait passer au restaurant pour montrer à ses parents qu’il ne traînait pas inutilement et allait faire ses devoirs. Mais comme aucun des deux n’était à la maison, il ressortait ensuite une ou deux heures avec ses copains. Ils traînaient dans la ville et allaient parfois voir les bateaux accoster au port. Son copain Guillaume voulait faire marin. Pour avoir une copine dans chaque port, il racontait. Seb voulait avoir du succès comme Guillaume. À 17 ans, il l’avait déjà fait deux fois avec deux filles différentes dans des soirées et il avait eu une copine pendant 6 mois. Seb, lui, avait juste peloté une fois une fille pas très jolie. Il savait qu’il n’intéressait pas trop les filles parce qu’il n’était pas le plus beau de la classe. Il commençait à avoir de la moustache mais pas assez pour que ça fasse viril et ça l’ennuyait. Les parents de Guillaume étaient divorcés et sa mère était souvent chez son nouveau compagnon. Guillaume disait qu’il préfèrait qu’elle soit pas là que de les entendre niquer. Un jour, elle a décidé de partir en week-end avec son nouvel amoureux, et Guillaume allait avoir sa maison pour lui tout seul. Seb et John commençaient à imaginer ce qu’ils pourraient faire s’ils avaient la maison pour eux. Ils parlaient de regarder des films d’horreur ou de fumer du shit. Guillaume s’était moqué d’eux et leur avait dit qu’il avait une meilleure idée.
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Deux semaines plus tard c’était la fête chez la mère de Guillaume. Il avait invité toute la classe et aussi quelques connaissances d’autres classes et des gars avec qui ils jouaient au foot. Seb avait encore mal à la cheville, donc il ne pouvait pas danser. Ça tombait bien parce qu’il n’était pas très doué en danse. Il y avait des bouteilles de Manzana, de Tequila, des bières bon marché et du Get 27 sur la table du salon. Les gars se faisaient passer des sachets de Curly ou des 3D bacon. Les filles présentes s’étaient maquillées un peu plus que d’habitude. Louane avait mis un tee-shirt qui laissait voir son nombril. D’autres filles avaient même été jusqu’à mettre des mini-jupes. Seb et Guillaume étaient très contents d’eux. Ils s’etaient tapé dans la main, avec l’excitation des événements à venir.
Pendant la soirée, Guillaume s’était rapproché de Stéphanie. Stéphanie se tortillait les cheveux dans la main en parlant avec Guillaume. Seb les voyait faire et s’était dit qu’il aimerait être à la place de Guillaume. Pour sûr il allait dormir avec elle le soir et peut-être même faire d’autres trucs. Il s’était dit, faut pas que je sois puceau à 18 ans. Il regardait les filles présentes et se disait qu’il y en avait peut-être une avec qui il pourrait sortir. Il était tombé sur Louane en voulant aller chercher d’autres cacahuètes dans la cuisine. Elle lui avait dit sympa cette soirée, c’est cool de nous avoir invités. Il avait répondu ouais c’est cool. Et en regardant Louane, son nombril à l’air, ses yeux bleus et profonds, il s’était cette fille-là est vraiment mignonne, pas sexy ou super canon comme d’autres filles qu’on voit à la télé. Mais elle est attendrissante. Il se rendait compte pour la première fois que peut-être qu’il pourrait sortir avec une fille comme elle, jolie mais pas une bombe, sympa et un peu timide. Que ça lui ferait plaisir de la prendre dans ses bras. Elle le regardait et semblait attendre quelque chose. Il lui avait dit tu veux un verre ? Elle avait répondu oui pourquoi pas. Ils étaient allés ensemble dans la cuisine et avaient commencé à parler des cours, puis de la musique qu’ils écoutaient, et même des petits frères de Louane. Seb n’avait pas de frère et sœur et il aurait bien aimé. Il disait que c’était super naze d’etre fils unique. Louane répondait ouais moi ça me fait rêver parfois. Marion était arrivée en criant : heyyy vous venez danser ou quoi. Ils s’étaient regardés un peu gênés et l’avaient suivie dans le salon. Mais Seb n’arrivait pas à tenir debout longtemps avec sa cheville foulée. Alors il était vite allé se rassoir dans le canapé. Louane le regardait de loin et lui avait fait des petits sourires. Seb se disait qu’il aimerait bien finir la soirée avec Louane. Que cette soirée était peut-être la meilleure de sa vie et que tout allait basculer.
Louane avait bu un peu trop vite, elle essayait de se donner du courage pour aller embrasser Seb. Mais en buvant deux Get 27 d’un coup, elle avait soudainement eu la tête qui tournait beaucoup trop vite. Elle était sortie prendre l’air et était tombée sur John et Stéphanie qui fumaient des clopes. Stéphanie avait l’air super cool, elle discutait comme si de rien n’était avec John, alors qu’elle avait bu au moins autant que Louane. Louane avait du mal à rester debout sans tituber. Stéphanie la regardait et lui avait demandé si ça allait. Puis Louane s’était penchée au dessus d’un bac à fleurs et s’était mise à vomir. John avait dit merde c’est chaud. Stéphanie avait dit oh j’ai la flemme de gérer ça j’appelle sa pote. Elle était rentrée à l’intérieur et avait appelé Marion, qui avait rappliqué. Elle était à peine dans un meilleur état que Louane, mais elle lui avait donné un verre d’eau et l’avait rentrée à l’intérieur. Dans la salle de bain, elle lui avait passé de l’eau sur le visage. Louane avait dit je vais pas pouvoir embrasser Seb maintenant. Marion avait ricané. T’inquiètes y aura d’autres occasions, elle lui avait répondu. Marion avait regardé l’heure, il était 1h du matin. Elle habitait à deux rues de chez Guillaume, et ses parents étaient plus permissifs que ceux de Louane. Elles avaient décidé de rentrer dormir chez Marion. En partant, Louane avait jeté un regard à Seb. Elle lui avait dit désolée, je suis malade je vais rentrer. Seb l’avait regardée d’un air surpris. Oh ok. On se voit plus tard alors.
La soirée avait continué et Seb s’ennuyait. Il a finit par s’endormir sur le canapé. Dans la nuit, il s’était levé pour aller chercher un verre d’eau et il avait entendu la voix de Stéphanie en train de jouir. Il s’était dit que ça aurait pu être lui et il s’est dit merde je veux pas finir puceau. Mais l’année n’était pas finie et il s’était dit que c’était quand même bien parti avec Louane.
Le lendemain, Louane avait reçu un message sur msn de Seb. Jspr ke tes bi1 rentré. Elle avait eu des papillons dans le ventre à lire ce message. Elle avait attendu un peu avant de répondre. Oui sava. Enkor mal o ventre mais sava passé. Puis Seb lui avait répondu C t sympa de parlé ak twa. Jspr kil y ora dotre occaz.
Louane était sur son nuage après la fête. Chaque soir après les cours elle se connectait en espérant qu’il viendrait lui parler. Leurs échanges étaient remplis de promesses et leurs joues de pourpre. La semaine qui avait suivi la fête, ils se regardaient intensément en cours. Pendant les pauses, ils se croisaient et se souriaient.
Puis, lentement, tout s’était délité. De moins en moins de discussions tard le soir, de plus en plus de bachotage en prévision du bac. Tout le monde semblait préférer bosser qu’organiser des soirées. Stéphanie en avait organisé une ou deux, mais Louane n’était pas invitée, parce qu’elle n’était pas assez cool. Seb y était parce que Guillaume était son meilleur ami, et Stéphanie était amoureuse de lui. Guillaume se fichait d’elle, il disait qu’après le bac il en trouverait une encore plus jolie que Stéphanie. Une fois le bac passé, ils avaient organisé un grand barbecue. Louane et Séb s’étaient revus, mais c’était étrange, comme si leur moment était passé. Ils se parlaient sans que ni l’un ni l’autre ne semble intéressé. La fête chez Guillaume avait eu lieu deux mois auparavant, et aucun des deux n’avait de petit ami pourtant.
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Les années ont passé, Seb travaille au restaurant de ses parents. Il a d’abord fait un BTS dans l’informatique dans la grande ville à côté, travaillé un temps comme informaticien. Depuis un an son père a des soucis de santé, alors il aide sa mère au restaurant. C’est provisoire, mais ça lui fait bizarre d’être de retour chez ses parents, à 30 ans passés. Il se dit je ne vais pas rester ici toute ma vie, dès que je peux je repars. Son père est en rééducation, peut-être qu’il pourra reprendre le boulot. Ou alors ils trouveront un autre employé. Il essaie de ne pas trop y penser.
C’est bientôt Noël alors Louane est de retour dans sa famille avec ses deux enfants et son mari. Elle fait les dernières courses de Noël, un CD de Coldplay pour son petit frère, et elle n’a pas encore trouvé pour son père, peut-être une bouteille de rhum arrangé. Elle traîne les deux gamins (2 et 5 ans) parce que son mari devait aller chez le garagiste, la voiture faisait un bruit bizarre. Elle l’appelle à 17h, épuisée des achats avec les enfants dans les pattes. Elle lui dit « je vais t’attendre au resto en face de la FNAC d’accord ? J’ai besoin d’un café ils m’ont épuisé. Tu viens les chercher je dois retrouver Marion à 18h ». Il lui répond ouais ouais t’inquiètes.
Elle s’assoit au Royal et donne à ses enfants des jeux pour les occuper. Elle regarde la carte et se dit qu’elle a mérité une petite douceur. Quand le serveur arrive, elle se dit qu’il lui rappelle vraiment quelqu’un. Mais c’est lui qui lui dit en premier Louane ? et là elle se rappelle de Seb, son amoureux de lycée. C’est fou de te retrouver là, tu bosses ici ? Il dit oui, c’est le resto de mes parents. Je les aide parce que mon père a des soucis. Oh je suis désolée d’apprendre ça. Seb voit ses yeux bleus et se rappelle de cette fille si gentille avec qui il était à deux doigts de faire sa première fois. Il voit aussi les deux gamins avec les mêmes grands yeux bleus qui le fixent. Elle rit et lui présente ses deux fils. Ouah t’as deux enfants, tu es mariée alors ? Elle répond oui. Il lui dit je suis content pour toi. Et toi, elle lui demande ? Il répond que non, il n’est pas marié, et qu’est-ce que je peux te servir ? Elle lui dit un café viennois. Il repart, lui apporte son café, et c’est tout.
Louane se rappelle de toute cette histoire de lycée et se demande pourquoi ça n’avait pas marché. Son mari arrive, lui prend les gamins. Son amie Marion débarque, elles boivent un autre café. Marion ne change pas, c’est toujours la fille la plus délurée du coin. Elle n’a pas de mari, pas d’enfants, elle a couché avec la moitié de Boulogne, mais elle s’en fiche. Au moment de se quitter, elle lui dit c’est drôle d’être ici, t’as revu Seb alors ? Louane lui répond qu’elle ne savait pas qu’il bossait ici. Marion dit et si, il est revenu y a quelques mois. J’ai pas encore couché avec si ça peut te rassurer. Elle s’esclaffe. Louane dit ah, je n’aurai pas imaginé. Cette blague ne la fait pas rire. Marion s’en va, elle doit retrouver son nouvel amant. Louane dit je t’invite, file, on s’appelle.
Louane reste seule à sa table. Seb revient la voir. Il lui dit tout va bien, tu veux autre chose ? Louane lui dit, oui, tu peux t’assoir 5 minutes ? Il dit oui, pas longtemps après ça va être le coup de feu. Louane se lance.
– Est- ce qu’au moins je te plaisais quand on était au lycée ? J’ai eu l’impression d’attendre sans arrêt un signe de toi. Pendant plusieurs mois, je ne voyais que toi, je ne parlais que de toi. J’avais même écrit sur mon agenda mon prénom et ton nom de famille, comme si on était mariés. A cette soirée, je pensais qu’on allait s’embrasser, et tu n’as rien fait. Après ça, les échanges sur msn, les regards, je ne sais pas ce qu’il te fallait de plus ? On aurait pu sortir ensemble, même que quelques mois ? Je me voyais faire ma vie avec toi, mais même juste ma première fois ça aurait suffit. Qu’est-ce qu’il me manquait ? Est-ce que je me suis fait des idées ? Est-ce que toi aussi tu avais des sentiments ou est-ce que ça n’était que dans ma tête, tout ce temps ?
Séb ne parle pas. Il se prend la tête dans les mains. Après un long moment de silence, il souffle. Elle lui dit, c’est bon, tu n’as pas à te justifier, je ne te plaisais pas assez, tant pis. Il prend la parole.
– Mais si, bien-sûr que tu me plaisais. Plus le temps passait et plus je me disais qu’Il fallait faire un grand geste, un truc qui t’impressionne, qui te montre que je tenais à toi.
– Sauf que tu l’as jamais fait.
– Si bien-sûr.
– Quoi ? Mais c’était quoi ?
Seb la regarde, puis regarde ses mains au centre de la table. Il n’ose plus la regarder dans les yeux. Il se recule sur la banquette.
– Je… C’est difficile à dire.
– Ben vas-y, ça n’a plus aucune importance maintenant.
– C’est juste que… pour moi, ça en avait une énorme, à l’époque. Je me rends compte maintenant que j’ai tout foiré.
Louane essaie de l’encourager, elle lui fait un petit geste de la tête, qui veut dire allez, je t’écoute.
– Je t’ai envoyé un message. Qui disait « Louane jtm. Je veux que tu sois ma copine. »
Interloquée, Louane secoue la tête.
– Je l’ai jamais reçu.
– C’est que… Je l’ai envoyé à Top Clips un samedi après-midi. C’est passé sur le clip d’Amel Bent.
– Mais le samedi après-midi je faisais les magasins moi ! Je regardais pas Top Clip !
– Oui mais j’ai quand même payé 30 centimes d’euros par SMS ! Et fallait en envoyer 5 en tout !
– Et c’était ça ton grand geste ? Me déclarer ta flamme à la télé ?
– C’est pas un grand geste, peut-être ? Tous les gens qui ont regardé Top Clips savaient que je t’aimais et voulais que tu sois ma copine, quand même !
– Ben super, sauf que moi je l’ai jamais su ! T’es vraiment con !
Louane prend son manteau et sort du restaurant, furieuse. Seb est écroulé, le visage dans les mains, une larme coule sur sa joue. Il lève la tête et regarde le téléviseur, qui passe Top Clip.
Slimane chante « des milliers de je t’aime ». Un message passe en bas : « Moi aussi je t’aimais pauvre débile. Maintenant j’ai 2 enfants et pas avec toi. Tchao. »

